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BOUBOU Mamoudou, secrétaire général du Renip + revient d'un mois en Belgique après avoir suivi une formation sur l'approche en réseau. Il répond à nos questions.
Bonjour Boubou, pourriez vous nous dire quelques mots sur cette formation ? Bonjour. J'ai participé à cette formation appelée plus exactement « l'Approche Réseau : actions communautaires et transversales en santé pour une meilleure prise en charge des personnes vivant avec le VIH/sida », dispensée par l'école de Santé publique de l'Université libre de Bruxelles (Belgique) pendant un mois (30 août - 24 septembre 2010). Cette session était organisée pour la seconde fois. La première édition a eu lieu en 2008 mais l'année passée, faute de participants, elle n'avait pas pu se tenir : les étudiants peinent souvent à trouver des bourses. Initialement, l'ONUSIDA finançait un grand nombre de participants. Cette année, c'est seulement la coopération belge qui a pris en charge de nombreux élèves – 8- le reste ayant reçu des subventions d'ONG internationales ou d'institutions nationales. Pour ma part, c'est Solthis qui a accepté de prendre en charge ma participation. D'ailleurs, l'organisme a apprécié la démarche de prise en charge de Solthis : ils m'ont demandé leur adresse pour envoyer une lettre de remerciement pour une prise de contact formelle ! Nous étions 2 du Niger : une personne du ministère de la Santé, et moi-même pour le RENIP +. Les autres étudiants venaient de différents pays : 3 du Congo, 1 du Burkina Faso, 2 du Burundi, 1 du Mali, 1 du Sénégal et 1 du Bénin et 1 du Maroc. ! Une vraie diversité des pays et des approches ! Par exemple, au Burundi, ils sont très en avance au niveau de la prise en charge ; et le Burkina, est aussi un exemple de la sous région ! Cette formation est aussi pluridisciplinaire avec des médecins, des responsables nationaux, des représentants d'associations, des agents d'ONG... soit un public très hétérogène. Cette diversité est importante car au départ, chacun défend sa position puis au final, on comprend que l'on va tous dans la même direction. On parle de prise en charge globale et chacun apporte sa contribution et ses éléments propres et nécessaires à l'élaboration du réseautage.
Qu'est-ce que l'approche communautaire transversale ? L'aspect transversal est faible partout ! Même si l'esprit de transversalité est présenté partout dans les documents. Il est, en revanche, absent dans la mise en œuvre. Au Burkina Faso et au Maroc, le plaidoyer pour la prise en compte de la transversalité est mené auprès de l'ONUSDIA et des partenaires. On ne peut pas concevoir les projets sans les patients ! On a toujours voulu que tous les acteurs soient intégrés dans la prise en charge du VIH. Mais cette intention ne se vérifie pas toujours dans les faits. L'approche communautaire est un travail en réseau qui commence dès la planification par l'intégration de toutes les communautés. Dans un cours, nous avons appris comment cela doit démarrer, composer des groupes, et quelles sont les difficultés récurrentes. Nous avons aussi suivi un enseignement sur la méthode d'analyse en groupe qui permet de créer le travail de réseau: comment analyser un problème en réseau, mettre en commun les analyses des uns et des autres, trouver les astuces pour amener les personnes autour de la table et poser le problème. Au Niger, les communautés travaillent chacune de leur côté et ne prennent pas en compte les autres. Désormais pour élaborer un projet, quelque soit sa dimension, nous devons utiliser cette approche et que tout le monde soit concerné. Mais quelle stratégie pour que la mettre en œuvre ? Au Niger, nous avons peu d'expérience. De plus, nous n'étions que deux. Du coup, nous allons nous appuyer sur nos confrères experts du Burkina Faso qui dispose d'un pool de formateurs pour organiser une session d'une semaine de formation. Et à force de faire avec eux, nous serons plus forts pour le faire dans nos régions.
Mais ce n'est pas toujours évident de travailler avec toutes les communautés de patients ? Au Niger, il est facile de travailler avec certains patients vivant avec le VIH qui sont déjà organisés en réseau. En revanche, il est plus difficile de le faire avec les travailleuses du sexe (TDS) et les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH): le pire c'est pour les HSH. Ces deux groupes ne sont pas reconnus, ils n'ont aucun droit. La stigmatisation est très forte. Même au sein du RENIP+... Nous travaillons avec les HSH à la création d'un espace de discussions; et pourtant, il y a des réticences à travailler avec eux et on nous a demandé d'aller plus doucement à cause de la discrimination... Tout cela ne favorise pas la prévention. Dans la proposition du Round 10, les TDS et les HSH ont participé à l'élaboration de la requête du Niger ! C'était la première fois ! C'est un petit pas dans la reconnaissance par des institutions qui ignoraient jusqu'alors leur existence. Quels seraient les points à améliorer et les aspects positifs que vous retenez de cette formation ? Un des points à améliorer serait la participation du monde communautaire, encore trop faible. En effet, les subventions de la communauté belge passant par les ministères nationaux de la santé sont accordées aux représentants institutionnels. Les gens des communautés et les gens de terrain ne peuvent y avoir accès ! Au niveau de la qualité des enseignements et de la formation, c'était impeccable : des formateurs professionnels, un programme respecté et une excellente prise en charge ! Maintenant, l'enjeu est le suivi qui s'en suit. Tout d'abord, il y aura une restitution auprès de la société civile - c'est aussi une façon de la motiver à participer aux prochaines formations. Ensuite, un projet doit être élaboré pour chaque pays.
Et pour le Niger, quel projet souhaitez-vous mener ? J'ai pris l'engagement de travailler sur l'harmonisation des activités en lien avec l'accompagnement psychosocial. Au Niger, il y a une diversité d'acteurs en charge de ce volet : accompagnateurs psychosociaux, éducateurs... Et chacun avec sa façon de faire... En discutant avec mes collègues du Burundi et du Mali qui sont dotés de référentiel psychosocial, je souhaiterais que nous établissions également un référentiel propre au Niger. Je compte partager le rapport de cette formation aux acteurs concernés et faire le plaidoyer auprès du ministère de la santé, de l'ONUSIDA et de Solthis enfin de réaliser un référentiel au Niger. Pour le Niger, nous allons aussi débuter un projet pilote dans la région Dosso afin de tester nos acquis sur l'approche transversale communautaire.
Un dernier mot ? Je voudrais remercier Solthis qui a accepté de prendre en charge ma formation ! Mais aussi les participants et les formateurs pour la qualité de cette formation !
Le RENIP + :
Le RENIP est le Réseau Nigérien des Personnes vivant avec le VIH/Sida créé en 2005. Il a pour mission de promouvoir la participation des patients vivant avec le VIH au processus de la lutte contre les IST/VIH/SIDA dans une perspective de lutte contre la pauvreté. Dans un élan de mobilisation générale, les personnes vivant avec le VIH/SIDA au Niger ne sont pas restées en marge. Elles s'engagent et s'investissent de plus en plus dans la lutte à travers la création d'organisations plus structurées (groupements, associations, ...). Pour mieux coordonner leurs actions et leurs efforts, ces différentes associations se sont regroupées au sein d'un Réseau. Ce réseau veut également fonctionner comme un cadre d'échange, de concertation, de mobilisation et de plaidoyer pour que les patients puissent pleinement jouir de leurs droits en tant que citoyens à part entière. Aujourd'hui, le RENIP + est à l'avant garde de la lutte contre le sida.
Formation à l'Approche Réseau pour l'Action Communautaire et Transversale (FARACT) :
La prochaine session aura lieu du 29 août au 23 septembre 2011. L'objectif général de ce programme est de stimuler ou renforcer la mise en réseau des prestataires de soins avec différents acteurs issus de la société civile afin d'améliorer la qualité et l'efficacité de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Concrètement, les participants seront progressivement amenés à réaliser l'étendue de leurs compétences et de leurs complémentarités avec les autres participants, à développer celles-ci, et imaginer, formaliser, réaliser et évaluer des actions interdisciplinaires en réseau. Ce partage des connaissances sera mené de façon à élaborer un protocole pour la mise en réseau d'acteurs, une fois les participants rentrés dans leurs pays. Le suivi et la mise en œuvre de ce protocole sont sous la responsabilité des acteurs et de leurs organisations et sponsors.